MON AMI CHRISTIAN-PHILIPPE - TU ES PETRUS (AUTOMNE 2013)

Publié le 17 Août 2015

TU ES PETRUS - NUMERO SPECIAL

TU ES PETRUS - NUMERO SPECIAL

 Il y a précisément deux ans, Dieu décidait de rappeller l'abbé Chanut à Ses côtés.

 Voici "Mon ami Christian-Philippe", l'hommage d'Hervé Pinoteau à ce saint homme paru dans Tu es Petrus (la revue des amis de la Fraternité Saint-Pierre) n° III, automne 2013 :

 

 C'est avec émotion que je veux rendre hommage à l'abbé Christian-Phillippe Chanut, M. l'abbé Ribeton m'ayant demandé de le faire.

 J'ai fait la connaissance de ce prêtre vers 1983/1984 et comme une multitude de personnes j'ai été séduit par ce brillant personnage où la piété le disputait à l'intelligence et à l'érudition. Son esprit critique et la bonne humeur faisait plaisir. Ce fut aussi un organisateur dans ses paroisses, en réunissant les énergies. Il expliquait inlassablement ses messes par des livres. C'était un apôtre sachant s'entourer et qui aurait dû devenir évêque, ne serait-ce que pour savoir si la méthode qu'il avait employée dans les paroisses pouvaient être utilisée dans un évêché comme il me l'a dit souvent. Son nom fut une fois avancé en troisième position sur la feuille à trois noms envoyée à Rome et ce fut pour l'évêché de Luçon. Cela ne marcha pas pour l'ami. Succéder à Richelieu ne fut qu'un rêve pour lui!

 J'ai connu ses relations avec son évêque et n'en dirai rien, encore que le prélat vint le voir trois fois sur son lit d'hôpital. Il fut relégué aux archives épiscopales, à l'exorcisme et à dire la messe traditionnelle du diocèse à Viry-Châtillon, tout ceci, peut-être, en relation avec sa santé défaillante sur la fin.

 Encyclopédique sur le clergé de l'Ancien Régime et même plus récent, ce licencié d'histoire pouvait faire des conférences sur les grands orateurs français. Ses sermons étaient très émouvants quand il parlait des défunts qu'il avait bien connus. Nous étions d'ailleurs d'accord pour qu'il fasse mon oraison funèbre... beau résultat! Il lui arrivait de m'interpeller en plein discours ce qui ne manquait pas de piquant dans une église. Bref, on s'entendait très bien, quoiqu'il n'était pas un traditionaliste au sens pur du terme. Il disait habituellement "la messe de l'abbé Chanut" mais ne rechignait pas à dire celle que nous aimons.

 Ce fut aussi un ami de la Tradition légitimiste et il rejoignit les partisans de la branche aînée des Bourbons qui selon les lois fondamentales de l'ancien royaume devaient régner sur nous. Le feu prince Alphonse, duc d'Anjou et de Cadix le considérait à juste titre comme le grand aumônier. Et ce fut à la mort de ce chef de la Maison de Bourbon en début 1989 qu'il montra son talent d'improvisateur dans la chapelle de "las Descalzas reales" de Madrid (couvant royal des clarisses déchaussées) où on enterrait mon maître (je fus son secrétaire vingt-six ans durant). Lorsque le roi et la reine d'Espagne et leurs enfants quittèrent la chapelle après la messe, la princesse Emmanuelle, duchesse d'Anjou et de Ségovie, mère d'Alphonse réunit les Français présents autour de la tombe ouverte où était déposé le cercueil. Etaient donc présents cette grande dame, le prince Louis son petit-fils, le prince Gonzalve frère d'Alphonse et une archiduchesse d'Autriche fiancée du défunt. Chanut improvisa en français et en latin une série de prières où se mêlaient entre autres l'absoute et des morceaux des acclamations carolingiennes où étaient reconnu le nouveau chef de Maison, le prince Louis, pauvre enfant anéanti et très digne dans cet horrible malheur. Vingt minutes extraordinaires, hors toute hispanité, et qui furent admirées de loin par l'abbesse qui vit et entendit tout derrière son grillage situé dans les hauteurs et qui le dit le lendemain à un prêtre français.

 Les rares personnes qui ont pu pénétrer dans la crypte de Saint-Denis lors de la remise du cœur de Louis XVII par le prince Louis ont entendu une courte et bien émouvante allocution de Chanut s'adressant au roi martyr et commençant par "Sire".

 La fidélité de notre ami pour les traditions des Bourbons le fit nommer par l'infant don Carlos de Bourbon, duc de Calabre, et grand maître, chapelain de l'ordre Constantinien de Saint-Georges des Deux Siciles, venu de Farnèse de Parme. Il en porta souvent les insignes lors de ses sermons. Aux obsèques à Milly-la-Forêt son cercueil en fut décoré. Mais l'abbé y avait une fois célébré la messe devant des membres de l'ordre Français et étrangers.

 L'ami Chanut fit parti du conseil de régence du nouveau duc d'Anjou et assista à nos nombreuses épreuves dues aux intrigues françaises et espagnoles. Trop à dire, mais il comprit tout de suite la source et l'ampleur de nos ennuis. Sans illusion sur beaucoup de choses, l'abbé Chanut fut durant des années un conférencier assidu du Centre d'Etudes Historiques du Mans dirigé par Christian Pinot qui publie chaque année les actes. On vit plus d'une fois l'abbé remplacer au dernier moment et sans difficulté un orateur qui n'avait pu venir.

 Je tiens à souligner que ce prêtre à l'immense bibliothèque venait parfois chez nous à Versailles en inspectant ma bibliothèque. Je l'ai accompagné à la librairie de la Procure de Paris et il m'a bien aidé dans un travail historique à paraître. Sociable, il aimait s'entourer et avait des fidèles. Daniel Hamiche me rappela des déjeuners et dîners pris avec lui et ses amis de paroisse et autres bien connus. Ses vingt ans de sacerdoce furent remarquables par la réunion festive. Comment oublier les dîners au Relais des Chartreux où figurait l'ami Jacques de Pontac, décédé depuis peu, et tant d'autres?

 Le dernier déjeuner que j'ai eu avec lui fut en compagnie de Daniel Hamiche et Guillaume de Thieulloy, près de Saint-Sulpice. Ce fut long car on avait évidemment beaucoup de choses à passer en revue et on était bien tous quatre, puis on se sépara sous la pluie, Chanut se dirigeant évidemment vers la Procure (24 janvier de cette année). On ne peut oublier l'esprit et la piété de ce prêtre si actif et plaisant. Au fond un homme du Sud-Ouest, du Midi moins le quart comme le disait ma mère qui était du Gers.

 J'ai vu mon Christian-Philippe devenir malade, ne se plaignant pas et avoir des sortes de rémission (car cela a duré des années), puis s'éteindre progressivement à Saint-Antoine et finalement à Boutigny où il fut remarquablement entouré par ses amis dévoués. Dieu a voulu rappeler à Lui cet homme de grand talent et que nous retrouverions un jour à Josaphat ou ailleurs avec la joie d'une retrouvaille que j'envisage jubilante en oubliant nos larmes d'aujourd'hui.

 

Avec l'aimable autorisation de l'Association des Amis de la Fraternité Saint-Pierre.

DRAPEAU AUX ARMES DE LA FRATERNITE SAINT-PIERRE

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Rédigé par hervepinoteau.fr

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